Interview de François Bayrou dans La République des Pyrénées




Retrouvez ci-dessous l'entretien accordé par François Bayrou à La République des Pyrénées portant sur l'importance du grand débat national.

Propos recueillis par PIERRE-OLIVIER JULIEN


Quel est l’enjeu de ce débat national ?

Pour la société française, ce peut être très important, et bénéfique, même si beaucoup vont essayer de l’entraver. En réalité, les questions qui sont sorties à l’occasion de cette crise sont en fermentation depuis 30 ans. Et elles ne trouvent jamais de réponses, ce qui génère une grande frustration. Jusqu’à présent, ces questions surgissaient toujours lors des campagnes présidentielles, et on les calmait par des promesses. L’élection passée, elles étaient oubliées. Et on retombait dans la gestion traditionnelle. Pour une fois, on a une chance de pouvoir examiner ces questions brûlantes dans un climat non-électoral.

Mais la fracture qui semble se creuser entre deux France peut-elle être encore résorbée ?

Il n’y a pas seulement deux France, mais beaucoup plus ! La société est en voie d’explosion continue, elle devient un archipel avec des îles sans contact entre elles. C’est vrai même chez les gilets jaunes ! On ne voit pas, par exemple, manifester les gens des quartiers, et pas davantage les grandes unités urbaines comme l’Île-de-France. Une telle implosion est en contradiction profonde avec ce qu’est la France, un pays qui a besoin d’unité et qui recherche l’égalité. Mais ne nous trompons pas : ces questions travaillent toutes les sociétés du monde développé, pas seulement la France. On le voit avec l’élection de Trump, de Bolsonaro, le Brexit... Quelle est leur origine ? A la fois dans la mondialisation et dans une crise du modèle du capitalisme financier, d’hyperconsommation, qui fait naître de grandes inégalités. Et des frustrations. La question du débat, c’est donc la question du modèle de société : quel est le modèle que l’on suit en France, et quel est le modèle que la France défend pour le monde.

Quel rôle doivent jouer les maires ?

Un rôle essentiel. J’étais en désaccord avec la volonté de confier un tel débat, qui est le plus politique qu’on puisse avoir, à une autorité administrative sans légitimité. La Commission nationale du débat public n’a jamais été faite pour cela. Son rôle est de traiter des inquiétudes des riverains et associations quand l’Etat a un grand projet d’équipement, une autoroute ou un canal. Pour moi, dans un débat aussi politique, les intermédiaires naturels, ce sont les 36 000 maires qui peuvent recevoir les contributions, les réflexions, les analyser et participer au dialogue qui doit s’établir entre les citoyens et l’Etat.

Après la polémique sur sa rémunération, la présidente de la CNDP Chantal Jouanno doit-elle démissionner ?

La décision appartient au gouvernement qui l’a nommée.

Les maires en première ligne, mais pas l’Association des maires de France qui dit ne pas se sentir engagée...

Comment un maire peut-il refuser une mission d’intermédiaire entre les citoyens et l’Etat ? On a entendu certains dire qu’il ne fallait pas venir au secours du pouvoir... Or il faut rappeler à tous qu’il ne s’agit pas du pouvoir ici, mais des citoyens. Ce n’est pas une affaire de partis, encore moins de sectarisme, mais une affaire civique.

Comment cela va-t-il se traduire à Pau ?

Le Président va très vite écrire aux Français. Cela lancera le débat. À Pau, la mairie l’organisera de la manière la plus objective possible. On organisera des forums ouverts autour des grands thèmes et on recevra les contributions des citoyens.

Les gilets jaunes, premiers concernés, et qui ont une grande défiance vis-à-vis des élus, sont sceptiques à propos de ce débat. Le processus n’est-il pas finalement illusoire ?

À eux de décider. Il ne faut forcer personne, ni bloquer personne. Il n’y a aucune raison non plus d’écarter des questions. Toute question sera légitime mais ce n’est pas parce qu’elle est posée qu’on est obligé d’y répondre favorablement. Mettons-les sur la table et chacun prendra ses responsabilités. Pour moi, l’une des questions majeures sera l’organisation de l’Etat. On voit qu’on a un Etat central qui ne marche pas bien, et des collectivités locales en interrogation. Regardez par exemple le périmètre des nouvelles régions ! Après, on n’est pas forcé de tout régler immédiatement, des calendriers peuvent être mis en place. Mais il y a une certitude aujourd’hui : ces grandes questions, pas un parti ne sait y répondre, ni aux extrêmes ni dans les partis de gouvernement. Donc on a tout à construire. Je défends cette vision positive. J’attends beaucoup de ce débat.

Mais pour régler la crise des gilets jaunes, qui attendent eux sans doute des réponses plus immédiates, comment le Président Macron peut-il s’en sortir ? Enfin lâcher sur l’ISF ?

Il y a déjà eu beaucoup de réponses matérielles et immédiates. Mais je le répète : toutes les questions du contrat social et fiscal, peuvent être posées.

Y a-t-il eu un défaut de fermeté face aux violences de gilets jaunes ?

Les Français sont profondément choqués quand ils voient la police être agressée. Les forces de sécurité doivent être respectées, c’est ça le commencement d’un pays libre.

La cagnotte pour les policiers est-elle une bonne initiative ?

C’est un bon signe, financier et surtout affectif. Après les attentats, ils étaient applaudis dans la rue. Or ils n’ont pas changé depuis, et leurs missions non plus. Ils méritent le respect et le soutien. Il faut par exemple d’urgence leur payer les heures supplémentaires qui leur sont dues.

On sent pourtant une violence, une haine qui montent. Comment les combattre ?

En ayant la sincérité de formuler les questions comme elles se posent. Nous n’avons rien à craindre. Il n’y a pas de plan caché, ni de lobby qui tire les ficelles, comme certains le craignent.

Faut-il attendre les Européennes pour changer de 1er ministre ?

Je parle avec le Président de la République, mais pas à sa place.La logique du quinquennat, c’est un 1er ministre qui reste 5 ans. Le Président apprécie les difficultés et a la décision finale.

Si la présidentielle se jouait aujourd’hui, est-ce que le R(ex-FN) pourrait l’emporter ?

Je ne me bats pas sur des peurs ou des fantasmes. Je défends des idées qui sont des certitudes. Je sais que dans une société, quand on encourage les détestations, quand on divise le pays, on va droit dans le mur. Et je ne connais aucune exception.

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